Vous êtes ici : Accueil > les araignées > araignées - les fiches par espèce > Pisaura mirabilis
Publié : 11 juillet 2014

Pisaura mirabilis

La Pisaure admirable, Pisaura mirabilis (Clerck, 1758), est une grande araignée sans toile de chasse qu’on voit facilement au printemps dans les prairies. Pisaura viendrait de Pesaro (ville d’Ombrie en Italie) et mirabilis signifie en latin admirable, extraordinaire.
En France, c’est une des trois espèces de la famille des Pisauridae. On la rencontre dans une grande partie de l’Europe ; en France, elle semble plus abondante dans le Sud et dans l’Est. Cette araignée se reconnait facilement d’après sa morphologie ; même si elle peut subir des variations d’ornementation et de couleur assez importantes (voir la fiche jointe et les photos du portfolio), elle ne peut pas se confondre avec une autre espèce.

Son observation est intéressante à plus d’un titre :

  • Elle chasse à vue dans les grandes herbes, ce qui suppose une bonne agilité (grandes pattes ; bonne vue). Mais, dans la littérature, on rapporte que les juvéniles feraient de petites toiles de chasse.
  • En période de reproduction, le mâle a un comportement très particulier : il offre une proie emballée dans de la soie à la femelle qu’il courtise. Ce comportement est considéré comme une bonne adaptation au fait que, chez les araignées, le mâle doit (pour introduire un de ses bulbes copulateurs dans un des orifices génitaux de la femelle) prendre le risque de se trouver à portée des chélicères de la femelle, celle-ci pouvant parfois le considérer comme une proie. Chez les Pisauridae, le fait d’occuper les chélicères de la femelle avec une proie offerte par le mâle permet de contrer ce risque.
    Si le mâle n’a pas trouvé de femelle dans les vingt-quatre heures, il consomme la proie et recommence sa quête les jours suivants (voir NITZSCHE R. – 1981).
    On peut voir des vidéos sur Internet de ce rituel de cour. On trouve aussi des dessins dans ARACHNA – ROLLARD C., 2011 et dans Les Araignées – PRESTON-MAFHAM R., 1992. Et il y a une photo dans le portfolio d’un mâle avec son cadeau.
  • Contrairement à la plupart des araignées, le mâle d’habitude plus petit que la femelle (celle-ci a une grande quantité d’œufs dans son abdomen) est ici aussi grand que cette dernière. L‘hypothèse explicative des spécialistes est en relation avec l’existence du cadeau nuptial ; suivez bien le raisonnement : plus la proie offerte est grosse, plus la copulation dure longtemps (le temps du repas de la femelle est évidemment proportionnel à la taille de la proie) ; plus la copulation dure longtemps, plus le sperme du mâle concerné est abondamment transmis à la femelle et donc plus il a de chance de féconder les ovules ; or les mâles les plus grands ont plus de chance d’attraper les proies les plus grosses ; donc il y a un avantage évolutif pour les mâles les plus grands… (voir LANG A. et KLARENBERG A. J. – 1995).
  • La femelle est une mère « admirable ». Elle fabrique, pour ses œufs, un cocon sphérique (diamètre environ 1 cm) de soie blanche ; elle le transporte contre son sternum, le harponnant par les crochets de ses chélicères et le maintenant latéralement en le serrant avec ses pédipalpes. On voit souvent ces femelles errantes avec leur cocon, surtout en mai-juin.
    Quand, à des jours froids et humides, succède une journée ensoleillée, la femelle expose son cocon en prenant une posture étonnante : appuyée sur les pattes IV et le bout de l’abdomen, elle présente au soleil le cocon enserré dans les trois autres paires de pattes. On peut voir une photo p. 87 in Spiders in the world – PRESTON-MAFHAM R. et K., éd. 1989, et aussi dans le portfolio.
    Ensuite, elle tisse dans la végétation basse une toile destinée au cocon, et aux futurs petits, dite toile pouponnière ; cette toile est une sorte de poche accrochée à la végétation qui est parfois pliée en toit. Elle accroche son cocon ovigère dans cet enclos et reste sur la toile ou à proximité, en surveillance semble-t-il. Les petits éclosent. Comme très souvent chez les araignées, ils vivent ensemble, sans approvisionnement extérieur, terminant leurs réserves vitellines. Après la deuxième mue, ils se dispersent, la toile pouponnière et les restes du cocon se désagrégeant progressivement.

Documents joints